
Un Land qui grimpe aux arbres
| On le sait déjà,
les Land sont des franchiseurs hors pairs. Mais pour certains, les limites
n'ont été créées que pour mieux les franchir. C'est en quelque sorte la
raison d'être de ce Land exceptionnel conçu par deux personnages hors du
commun et qui est devenu en quelques années une référence incontournable
dans le milieu du trial français. Récit d'Eric
Amieil qui les a rencontré entre deux randonnées 4x4. |
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L'histoire
a commencé il y a maintenant un peu plus de 5 ans, lorsque Francis Krieger
rencontre Stéphane Rembur à un French National, l'événement qui rameute
chaque année en France tous les passionnés de la marque autour d'un terrain
de jeux géant et de feux de camps chaleureux. De cette rencontre entre
ces deux inconditionnels des Land Rover est né, un soir du mois de juin,
une aventure humaine et technologique qui les a mené à devenir amis et
à concevoir, d'une manière totalement artisanale, un véhicule d'exception
qui balaye d'un revers de la main toutes les limites rationnelles du franchissement
en tout terrain.
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Nos deux protagonistes
: Francis à gauche et Stéphane à droite.
Ce dernier vient de créer No
Man's Land, une société spécialisée dans la location d'ateliers mécaniques
à destination des particuliers, à proximité de Fontainebleau. |
| Pilote émérite
en catégorie maxi série depuis déjà plusieurs années dans les championnats
trial UFOLEP, Francis utilisait un proto Jeep. Déçu par la fiabilité de
son véhicule, il prend le pari ce soir-là avec Stéphane, mécanicien de formation,
de créer de toute pièce un véhicule hybride fait pour gagner, uniquement
constitué de pièces Land Rover. Dynamisés par ce pari audacieux, nos deux
compères se lancent à corps perdus dans l'aventure, prenant chacun en charge
une partie du travail. Francis s'occupe du financement de l'opération et
des calculs sur chacune des pièces usinées, tandis que Stéphane teste ces
choix sur le prototype et y apporte corrections et modifications tout en
y intégrant les contraintes réglementaires propres à la catégorie maxi série.
L'équipe fonctionne bien et très rapidement le prototype du Land prend forme
au fond du garage. |

| Qu'est ce qu'un maxi
série : D'après la réglementation UFOLEP, le maxi série est un véhicule
à quatre roues motrices conçu à partir d'un véhicule de série où l'on peut
apporter certaines modifications, tant au niveau du moteur, que de la boîte
de vitesses, des freins, des suspensions, des pneus et même du réservoir.
A l'inverse, il est obligatoire d'avoir un châssis issu de la série, d'avoir
une carrosserie " silhouette " sur l'ensemble du véhicule, d'adapter deux
sièges côte à côte et que seules les roues avant soient directrices. |
| Le
châssis utilisé provient d'un Discovery qui a été coupé dans tous les sens
puis ressoudé pour gagner en longueur et en largeur, afin de rivaliser avec
la plupart des véhicules légers engagés pour ce type de course et permettant
de porter dans ses entrailles le fabuleux V8 de 3,9 litres du Range Rover
à boîte automatique. Au final, un châssis de Discovery ayant un encombrement
de voie (ce qui correspond à la largeur) similaire à une Land 88 Series
III !... Mais cette adaptation entraîne bien évidemment de nombreuses modifications
et là, l'expérience de nos deux routards fait la différence. Outre quelques
pièces rapportées tels que les sièges de Simca rallye 2, le réservoir de
2cv et les échappements de chez Midas remodelés pour la circonstance, cet
engin, pour 99%, est réalisé à partir d'éléments d'origine Land Rover. Avec
en grande majorité des pièces provenant de Range. |
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Le
Land dépouillé de sa structure en fibre de verre laisse apercevoir ses
entrailles.
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| Francis, vieil
habitué des courses trial, abaisse dès le départ le centre de gravité à
son maximum, la structure du Land étant plus lourde que celles de ses principaux
concurrents. Pour ce faire, il suffit de couper les supports moteur et les
placer 6 cm plus bas, ce qui nécessite quand même de repositionner le filtre
à huile sur la partie haute du moteur pour éviter qu'il ne " tape " sur
le pont et fasse des sillons trop visibles sur le sol... Ce système simple
et peu compliqué change radicalement le comportement " routier " du véhicule.
Francis peut, dès lors, très bien se passer de " singe " sur des parcours
délicats. Le V8 est néanmoins quelque peu à l'étroit dans le compartiment
moteur et chaque pièce est rentrée au chausse-pieds. Le radiateur vient
d'un Range VM et non d'un LSE, ce dernier étant beaucoup trop encombrant. |
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| Le choix du moteur
s'est porté vers un V8 3,9 litres monté avec des carbu SU qui ont un temps
de réaction plus rapide que le système à injection. D'autre part, le fait
de rabaisser le moteur sur le châssis, a entraîné la modification du filtre
à huile qui se trouve dorénavant sur la partie haute du moteur. Au fond,
on distingue les électrovannes qui commandent les boudins gonflables et
les blocages de différentiel. |
| Pour diminuer
le rayon de braquage et enchaîner les portes avec plus de facilité, les
tirants de ponts sont reforgés puis cintrés en forme de " S ". Pour pouvoir
positionner l'articulation à l'intérieur du châssis, Stéphane trouve une
idée originale en parcourant des manuels techniques destinés aux engins
agricoles. Il adapte alors dans le caisson du châssis, à la place des Silentblocs
traditionnels, une rotule d'attelage destinée aux tracteurs. Après la réduction
importante du châssis, Francis et Stéphane se trouvent confrontés à un problème
de taille, la sortie de la boîte de transfert se trouve trop près du pont
arrière. Francis est alors obligé de recalculer de A à Z l'angle de travail
du pont arrière en débattement, pour l'amener à être toujours en ligne par
rapport à la boîte de transfert. La seule solution consiste à réduire l'arbre
de transmission arrière de 30 cm. Mais cela demande également de revoir
complètement la position de l'ancrage du triangle et de le repositionner
différemment que celui d'origine afin de laisser le pont arrière travailler
bien en ligne. Stéphane, qui préfère avoir plus d'angle sur la boite que
sur le pont, fabrique en parallèle un système astucieux permettant à la
sortie de boite d'avoir un angle d'environ 45°, tout en ayant une longueur
standard de tirant de pont arrière. |
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| Pour gagner en rayon
de braquage sur des zones toujours très restreintes, le tirant de pont avant
côté droit a été totalement modifié. |
| Au niveau des
suspensions, éléments déterminants en franchissement, les amortisseurs d'origine
restent à leur place. Seuls les ressorts sont remplacés par des boudins
gonflables de Range LSE. Pour les adapter, de nouveaux supports d'amortisseurs
avant sont créés sur le châssis. Avec ce type de suspensions, Francis peut
ainsi à tout moment, grâce à des sélecteurs placés sur la console du poste
de pilotage, déplacer son centre de gravité et passer plus facilement les
croisements de ponts ou autres dévers phénoménaux, usuels en trial. C'est
la bouteille de plongée située à l'arrière du Land qui gère cette fonction,
en plus de la gestion des blocages de différentiels à commande pneumatique. |
| Pas de fioritures,
mais du pratique à 100%. Sur la console centrale, le pilote peut, d'un geste,
atteindre toutes les commandes pour gérer ses suspensions ou le freinage
sur chaque roue. Gros plan également sur les suspensions, avec des boudins
gonflables d'un Range LSE et des supports d'amortisseurs d'origine, revisités.
La bouteille de plongée placée au dessus du réservoir de 2cv a une autonomie
permettant d'effectuer au moins deux courses de trial consécutives. |
| Une fois à l'oeuvre,
personne ne reste insensible à cette modification qui donne au Land l'aspect
d'une grosse araignée toujours en mouvement, qui s'adapte à n'importe quel
type de terrain et qui peut, dans certains cas extrêmes, monter aux arbres...
Les pires situations sont abordées comme de simples formalités. Pour continuer
à faire de cet engin une " bête de guerre ", le système de freinage utilise
le boîtier ABS du Range, transformé pour la circonstante, ce qui permet
d'obtenir un freinage séparé, toujours géré à partir de la console centrale.
Cette technologie, une fois bien maîtrisée, permet de faire pivoter le Land
sur lui-même. Impressionnant !... on comprend mieux pourquoi Francis et
son Land ont porté haut les couleurs de champion de France trial 1995.
La technicité associée à la maîtrise de la conduite ne pouvaient bien évidemment
que susciter l'admiration. Lors du trial du dernier French National, Francis
est reparti avec la coupe " hors catégorie ", car où placer un tel engin
qui n'a qu'un seul but dans la vie : tout gagner ! |
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| Le boîtier ABS permet
au pilote de sélectionner le type de freinage sur l'une ou l'autre des roues.
Avec toute cette technologie embarquée et l'oeuvre d'un pilote hors pair,
passer des marches, pour beaucoup infranchissables, ou encore monter aux
arbres, devient avec ce Land d'une facilité déconcertante, qui laisse pantois... |
| Le
trial selon Francis Krieger :
Aujourd'hui tout va très vite. Les engins mais également les pilotes deviennent
de plus en plus performants et la barre pour atteindre les premières marches
du podium monte chaque année un peu plus haut. Les parcours sont très difficiles
et il m'est arrivé plusieurs fois de refuser une zone, car casser n'est
pas mon objectif. Cette sélection, un peu trop élitiste à mon goût, entraîne
indéniablement une certaine démission du public qui se tourne vers d'autres
sports mécaniques, plus spectaculaires. Mais malgré cela, quel plaisir de
se retrouver sur une zone de trial au volant de mon Land. L'adrénaline est
un moteur qui pousse les pilotes et leurs engins à faire des prouesses.
Pour cela, il est capital de parfaitement connaître les capacités de son
véhicule, savoir jusqu'où on peut l'amener et surtout, toujours respecter
sa mécanique. Le deuxième point important est, lors du repérage en début
de course, de définir dès le départ la meilleure trajectoire. Car une fois
sur la zone, il est hors de question de s'arrêter ou de faire marche arrière
et " gagner " des points de pénalité. Un pilote doit s'entraîner régulièrement
et être capable de prendre la bonne décision au bon moment, sans jamais
avoir le pied trop lourd. Ici, ça n'a rien avoir avec la vitesse. En trial,
la plupart des obstacles sont tellement rapprochés que tout doit se passer
en douceur. Moi, je sais que l'appréhension que j'ai sur les zones est ce
qui me permet de me défoncer à chaque instant. Et puis bien entendu, il
faut avoir l'esprit de compétition et comme mon Land, vouloir gagner. Aujourd'hui
avec mes obligations professionnelles, je ne peux plus suivre un championnat
complet, mais je suis sur certaines manches, juste pour m'amuser. Car avoir
une passion, c'est tellement plus agréable ! |
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